Deuxième mini-ouverture sur le BP : tentative par les arêtes Sud Sud-Est

Pour cette tentative, nous sommes repartis encore à deux (Elisabeth et Ludo).

Les photos par jour d’ascension :

La voie par là où nous sommes passés (photos ci-dessous):

  • en rouge, là où nous sommes passés
  • en bleu le projet non terminé
  • en vert la descente

Le deuxième jour, nous sommes allés au fond du cirque pour rejoindre les arêtes, c’est à ce moment là que le sérac, situé 1000 mètres plus haut nous est tombé dessus… nous sommes redescendu 300m plus bas pour bivouaquer, le lendemain, nous sommes repartis par une autre voie pour rejoindre les arêtes par le premier bastion… (Voir en bas de page notre récit, raconté par Elisabeth)

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Itinairaire jour 1 pour rejoindre le glacier... grosse journée !

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Récit de cette tentative (raconté par Zab)

Départ le 21 pour tenter la traversée des Broad Peak (sud nord) avec Ludo. Le projet est ambitieux et a déjà été tenté une fois mais s’est soldé par un abandon dans ce sens.

Nous avons 5 jours de beau devant nous (en espérant qu’elle ne change pas au milieu car nous n’avons pas le téléphone.).

Nous redescendons à Concordia et remontons la moraine entre le G4 et le BP pour ensuite bifurquer sur le bras gauche du glacier, rive gauche. Il est bien tourmenté et quelques passages s’avèrent délicats.

Nous nous faisons le plus léger possible au dessus de ponts et chaos de glace miraculeusement calés les uns contre les autres. Nous bivouaquons sur un plat au pied de l’arête.

Il y a beaucoup de vent en altitude et la neige est largement balayée pour s’accumuler versant Sud.

Le lendemain, nous décidons d’aller voir au bout du cirque pour rejoindre directement un col.

Un passage s’avère très esthétique et aérien au dessus d’un amas de glace.

Nous arrivons au fond du glacier.

La ligne paraît bien ardue avec une sortie – à la retourne ! – dans un rocher sûrement bien délité avec un peu de neige posée dessus.

Alors que nous observions le passage, un énorme bout de sérac perché 1000 mètres plus haut se détache et emporte dans un vacarme infernale les pentes de neige du dessous.

Nous avons juste le temps de courir et se protéger sous les sacs quand le souffle nous rattrape.

Nous ne pouvons qu’ « observer » et subir ce spectacle naturel.

Quelle force ! Nous sommes si petits quand la nature se déchaîne !

Je crois que je garderais cette vision toute ma vie tellement c’était beau. Heureusement, nous avons eu la chance qu’aucuns blocs ne nous aient touché et surtout que le souffle ne nous ait pas asphyxié.

Beaucoup d’impacts de glace se trouvent à droite et à gauche de nous ! Bref après cette expérience nous quittons ce cirque pour grimper une voie moins expo.

Je voudrais d’ailleurs comprendre pourquoi ce sérac a cédé alors que nous étions en dessous et que la veille et les deux jours avant, il y eut aucune activité : c’est un mystère .

Le lendemain nous rejoignons enfin l’arête esthétique et effilée avec des passages mixtes bien délités. Cette partie du massif offre un rocher effroyablement friable et fragile et je ne pense pas en avoir rencontré de si mauvaise qualité même en face NE du Pelvoux ou face sud de la Barre où j’ai coupé une corde à cause des cailloux.

Le rocher était au moins compact !

Bref en pitonnant tout le rocher s’écarte ou cède. Les protections sont aléatoires et les relais loin d’être béton.

Mais nous progressons dans un décor de rêve.

Les pentes sont encore chargées jusqu’au moment où nous butons sur une plaque infranchissable.

Il nous est impossible de continuer de façon « sécu ».

Toutes nos protections sont aléatoires et les pentes sont trop chargées.

Nous faisons demi-tour. Le temps se charge et il neige.

Le vent se renforce et balaye l’arête en accumulant un peu plus la neige dans les endroits sensibles.

Nous redescendons le glacier rive droite cette fois.

C’est la première fois que je dois poser des rappels sur un glacier !

L’empilement de glace est précaire et je ne suis pas mécontente de sortir de cette zone.

Il est tard et nous posons notre tente face à cette arête majestueuse continuellement balayée par le vent, qui me fait rêver et qui continuera à me faire rêver.

Ce ne sera pas cette année, trop de neige.

Mais ça restera une aventure formatrice magnifique dans une zone des plus sauvage du BP et les plus sublime du monde, loin de la voie normale (et du monde).

Le lendemain nous devons encore poser des rappels pour descendre le glacier avant de rejoindre la terre ferme sur la moraine ! Et rejoindre la civilisation, beaucoup d’expés sont au CB.

C’est un autre mode de vie mais très agréable aussi.

Antoine et ceux qui ont tentés la voie normale sont tous redescendus après le C3, trop de vent.

Je ne sais pas ce que je vais faire, Ludo rentre en France, moi j’ai encore un peu de jus pour tenter une dernière fois.

Si la météo change !

Pour le K2 je ne me fais plus d’illusion c’est trop chargé cette année.

Un Italien s’est tué en redescendant du C1 au K2.

Ce matin c’était le bal des hélicos, 3 autres se sont fait rapatriés.

L’alpinisme doit être l’expression d’un jeu naturel. Il impose de s’adapter aux exigences de la nature.
Cette année, elle ne m’épargne rien.
Mais j’ai quand même le sentiment et le privilège de pouvoir aller au bout de mon désir d’expression, même si les conditions me font renoncer à certains projets, je tente.

La vie n’est elle pas une perpétuelle remise en question ?


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